Jack Lang (PS), arrivé vendredi en Libye pour une visite tenue jusqu'ici secrète, s'est entretenu dimanche à la prison de Tripoli avec les infirmières bulgares et le médecin palestinien détenus depuis des années dans ce pays sous l'accusation avoir inoculé le sida à des enfants.
Par téléphone depuis la capitale libyenne, l'ex-ministre a raconté à l'AFP cette rencontre dans la prison d'Ain-Zara, à une dizaine de km de Tripoli, où il a pu se rendre dans le pavillon où vivent les cinq femmes, avant de pouvoir dialoguer avec le médecin.
Après cette rencontre, "très poignante", il a été reçu par le chef de l'Etat libyen Mouammar Khadafi et a plaidé pour la libération des cinq infirmières et du médecin.
"Je plaide auprès de vous pour que, par un acte d'intérêt supérieur, nous puissions trouver une sortie par le haut qui peut être la juste réparation et indemnisation des familles et des enfants, et la libération des infirmières", a-t-il dit à Mouammar Khadafi.
Condamnées à mort une première fois en 2004, peine confirmée en décembre 2006, ces six personnes sont accusées d'avoir, à l'hôpital de Benghazi, inoculé le virus du sida à 426 enfants libyens, dont 52 sont décédés, ce qu'elles nient. Elles avaient été arrêtées en février 1999.
Selon l'ancien ministre socialiste, le chef de l'Etat libyen s'est montré "attentif et recueilli".
Le conseiller de la candidate socialiste à l'Elysée Ségolène Royal a pris soin de préciser que sa démarche avait un caractère "totalement apolitique" et qu'elle n'était dictée que par son souci des droits de l'homme. "Aucun lien avec la campagne présidentielle" en France, a-t-il lancé.
Au rez-de-chaussée du petit pavillon, M. Lang a vu des livres, des journaux. Les infirmières "ont aussi accès à la télévision". Elles peuvent également téléphoner, "sauf depuis une dizaine de jours".
Soucieux de ne pas aggraver leur situation ou compromettre un espoir de règlement quel qu'il soit, l'ancien ministre, interrogé sur l'état psychologique des infirmières, s'est contenté de dire que "certaines étaient plus vaillantes que d'autres", avec, pour toutes, le sentiment "que cela n'avance pas".
Il s'est efforcé de leur transmettre "un message de solidarité et de sympathie" et compte poursuivre son combat en Europe, notamment en interpellant l'UE.
"C'est une tragédie, qui atteint les infirmières et le médecin, mais aussi les enfants malades et leurs familles", a observé M. Lang qui souhaite "déconnecter les deux drames".
"J'en appelle à un sursaut de l'Union européenne", a lancé M. Lang. "Je sais que cette situation n'est pas facile. Mais on aimerait que l'UE fasse preuve d'imagination et de volonté pour tenter de sortir par le haut de cette situation humainement insupportable pour tous".
L'ex-ministre avait préparé cette visite-éclair - il repart lundi pour Paris - lors d'une rencontre en janvier à Paris avec Seif el-Islam Kadhafi, fils du dirigeant Mouammar Kadhafi.
Il considère comme "un geste de bonne volonté" l'autorisation qui lui a été donnée de se rendre dans la prison et souligne que les autorités libyennes ont fait preuve de "beaucoup d'attention".
"Je repars moins pessimiste que je ne suis arrivé", a-t-il conclu.